Le souvenir de la Libye ne passe pas! Si, étonnamment, je n'ai rien écrit dessus pendant les mois qui ont suivi mon retour (la faute à une certaine fainéantise ;) , je n'ai pas pour autant cessé de penser à ce voyage qui m'a donné à connaître un Maghreb intemporel, à l'écart du tourisme de masse, dont le pouvoir de séduction agit doucement, presque insidieusement... Car, au commencement, vue du ciel, la Libye parait se résumer à peu de choses : une immense étendue de sable, de pierres et de poussière...
Une fois au sol, la chose se confirme : à peine sorti des villes, on se retrouve très vite au milieu de plaines désertiques, à parcourir des kilomètres d'asphalte écrasée de soleil. Inutile de chercher l'ombre : il n'y en a pas. Les hommes sont tout aussi rares. Il y a bien quelques troupeaux de chameaux pour nous rappeler que cette terre n'est pas tout à fait abandonnée ...
Pareille vision suffit en somme à établir la carte d'identité du pays : un territoire grand comme trois fois la France, qui ne compte que 6 millions d'habitants et dont 9/10ème est occupé par le Sahara ! Et une caractéristique : c'est en Libye, au niveau du golfe de Syrte, que se situe le point où le désert est le plus proche de la mer ! 70 kilomètres à peine séparent les dunes dorées du Sahara des eaux turquoises de la Méditerranée ... A la rencontre des caravanes venues des confins de l'Afrique et des ambitieux marchands phéniciens, grecs et romains, la Libye s'est taillée une place en or dans l'histoire de la civilisation antique. D'ailleurs, je ne saurais décrire ici la beauté, la majesté, la grandeur des sites qui en témoignent encore : Sabratha, Leptis Magna, Apollonia jalonnent ainsi le rivage par ailleurs vierge de temples, colonnades, théâtres et même d'églises chrétiennes... Autant de mosaïques, de marbre blanc qui brillent de leur éclat le plus précieux, parce que incroyablement préservés. Qui entretiennent vive la mémoire d'une civilisation qui a nourri celle de la Méditerranée, d'une rive à l'autre, ignorante des clivages actuels ...
C'est probablement dans cette confrontation avec un passé qui semble soudain si proche à nouveau, que réside la force de ce voyage en Libye : le temps, non qu'il se soit arrêté, ne compte plus ; le moment vécu est aussi celui des origines ... et cette impression, loin de nourrir une nostalgie moribonde, est enivrante, génératrice d'un sentiment d'harmonie : la boucle est bouclée, mais rien ne s'interrompt véritablement ...
Ce rapport au temps s'est accompagné, en Libye, d'un nouveau rapport à l'espace car, comme je le disais plus haut, outre le décor intemporel de ces cités antiques, les autres paysages dans lesquels on évolue sont ceux du désert, et plus encore du désert par excellence : le Sahara. Le Sahara dont le sable a la couleur de l'or et la fluidité de l'eau, ondoyant, frissonnant à la moindre caresse du vent ; dont l'immensité, à l'instar des vestiges grecs et romains, nous force inévitablement à nous repenser dans notre rapport au monde et aux forces mystérieuses, naturelles ou divines, qui le régissent, et qui nous dépassent...
