dimanche 8 mars 2009

OZ



Je suis sûre que Jean Genet aurait pu écrire le scénario d'un épisode de la série américaine Oz. L'univers carcéral, l'érotisme d'un "assassin si beau qu'il fait pâlir le jour", la peine de mort, la haine raciale : autant d'ingrédients qui lui étaient chers. Certains de ses propos écrits dans le cadre de son engagement auprès des Black Panthers, ne dénoteraient pas, notamment, dans la bouche de Kareem Saïd, le leader charismatique des Musulmans, moitié Martin Luther King, moitié Malcom X, tels ceux- ci : "Les Noirs que les Américains ne peuvent ni comprendre ni acheter, ils les tuent". (L'Ennemi déclaré) 
Oz est en tout cas fort à propos en ce dimanche pluvieux : rien ne vaut en effet une bonne série pour sauver un week- end de l'ennui ou de la déprime ! :) 
Bref ! Au commencement était Oz ... même si je ne sais pas trop par où commencer pour parler de cette série dont je suis devenue littéralement "accro" ! N'ayons pas peur des mots ... :) L'intrigue de Oz se déroule dans un lieu clos : le département expérimental du pénitencier d'Oswald - dont Oz est le diminutif- où les détenus n'ont notamment aucune intimité. Dans leurs cellules cloisonnés de verre, tels des rats de laboratoire, ils se donnent à voir dans une nudité absolue : figurée et littérale, physique et psychologique. Obligé de partager leur huit clos permanent, le spectateur est, au début de chaque épisode, par le biais de l'intervention onirique d'un détenu- narrateur, pris à parti, questionné : qu'est- ce que le Bien ? Qu'est- ce que le Mal? Le pire des hommes ne conserve-t- il pas un fond inaliénable d'humanité ? La rédemption est- elle possible ? 
Le propos est vaste, qui échappe aux pièges du jugement, de la morale, du politiquement correct, et d'autant plus pertinent qu'il se pose dans le cadre d'une série américaine, dans un pays où les prisons constituent un marché fructueux, où sévit la peine de mort, où le président en appelle à Dieu pour mener une "guerre sainte" en Irak ... (La série est à ce jour terminée, mais elle est née et s'est développée sous le règne de Bush). 
C'est ainsi qu'au delà de la simple description de l'univers carcéral au quotidien, Oz aborde avec maestria et au travers d'un casting de premier choix, des sujets qui touchent, questionnent chacun de nous en tant qu'être humain et citoyen confronté d'une manière ou d'une autre à la complexité des sentiments humains, à la violence de la société, aux valeurs et aux règles qui la régissent, auxquelles on adhère ou pas ...
J'ai pour ma part été touchée par l'idée de la rédemption par l'amour que laisse espérer la relation amoureuse qu'entretiennent deux détenus, Tobias et Chris (interprété par le charismatique et très sexy acteur Christophe Meloni) ; thème de la rédemption, du rachat qui m'a rendue chère l'oeuvre de Mauriac. Comme quoi, on peut voir des points communs dans des oeuvres que, a priori, tout sépare ! Dans tous les cas, on a là deux univers empreints d'une foi inquiète qui ne renonce pas à la quête du Salut, tout en s'égarant dans les méandres et les paradoxes de l'amour ... 

"Each man kills the thing he loves". 
(Aphorismes, Oscar Wilde)

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