dimanche 29 mars 2009

Le Condamné à mort

(...) Ames de mes tués ! Tuez- moi ! Brûlez- moi ! 
Michel- Ange exténué, j'ai taillé dans la vie
Mais la Beauté, Seigneur, toujours je l'ai servie, 
Mon ventre, mes genoux, mes mains roses d'émoi. 

(...) Je demande à la mort la paix, les longs sommeils, 
Le chant des séraphins, leurs parfums, leurs guirlandes, 
Les angelots de laine en chaudes houppelandes,
Et j'espère des nuits sans lunes ni soleils
Sur d'immobiles landes.

Le Condamné à mort, Jean Genet

Du voyage...


On dit des voyages qu'ils permettent de s'évader, mais toute évasion implique une prison : le quotidien en est- il une ? Ce qui est certain, c 'est que, loin de celui- ci, on se retrouve avec soi- même : la distance offre un nouveau point de vue ; l'horizon n'est pas le même... Le détachement, le "transport" au sens propre et figuré du terme qu'implique le voyage, mais aussi de façon générale, le recueillement, la pensée, la lecture, éclaire nos manques, révèle nos aspirations : autant de composantes de notre être profond qu'on oublie ou qu'on néglige dans l'uniformité du quotidien...
Bref ! Le voyage n'a rien de "léger" et je refuse de le considérer comme une vulgaire distraction ! J'attends même qu'il me mette en danger, en quelque sorte...

dimanche 8 mars 2009

OZ



Je suis sûre que Jean Genet aurait pu écrire le scénario d'un épisode de la série américaine Oz. L'univers carcéral, l'érotisme d'un "assassin si beau qu'il fait pâlir le jour", la peine de mort, la haine raciale : autant d'ingrédients qui lui étaient chers. Certains de ses propos écrits dans le cadre de son engagement auprès des Black Panthers, ne dénoteraient pas, notamment, dans la bouche de Kareem Saïd, le leader charismatique des Musulmans, moitié Martin Luther King, moitié Malcom X, tels ceux- ci : "Les Noirs que les Américains ne peuvent ni comprendre ni acheter, ils les tuent". (L'Ennemi déclaré) 
Oz est en tout cas fort à propos en ce dimanche pluvieux : rien ne vaut en effet une bonne série pour sauver un week- end de l'ennui ou de la déprime ! :) 
Bref ! Au commencement était Oz ... même si je ne sais pas trop par où commencer pour parler de cette série dont je suis devenue littéralement "accro" ! N'ayons pas peur des mots ... :) L'intrigue de Oz se déroule dans un lieu clos : le département expérimental du pénitencier d'Oswald - dont Oz est le diminutif- où les détenus n'ont notamment aucune intimité. Dans leurs cellules cloisonnés de verre, tels des rats de laboratoire, ils se donnent à voir dans une nudité absolue : figurée et littérale, physique et psychologique. Obligé de partager leur huit clos permanent, le spectateur est, au début de chaque épisode, par le biais de l'intervention onirique d'un détenu- narrateur, pris à parti, questionné : qu'est- ce que le Bien ? Qu'est- ce que le Mal? Le pire des hommes ne conserve-t- il pas un fond inaliénable d'humanité ? La rédemption est- elle possible ? 
Le propos est vaste, qui échappe aux pièges du jugement, de la morale, du politiquement correct, et d'autant plus pertinent qu'il se pose dans le cadre d'une série américaine, dans un pays où les prisons constituent un marché fructueux, où sévit la peine de mort, où le président en appelle à Dieu pour mener une "guerre sainte" en Irak ... (La série est à ce jour terminée, mais elle est née et s'est développée sous le règne de Bush). 
C'est ainsi qu'au delà de la simple description de l'univers carcéral au quotidien, Oz aborde avec maestria et au travers d'un casting de premier choix, des sujets qui touchent, questionnent chacun de nous en tant qu'être humain et citoyen confronté d'une manière ou d'une autre à la complexité des sentiments humains, à la violence de la société, aux valeurs et aux règles qui la régissent, auxquelles on adhère ou pas ...
J'ai pour ma part été touchée par l'idée de la rédemption par l'amour que laisse espérer la relation amoureuse qu'entretiennent deux détenus, Tobias et Chris (interprété par le charismatique et très sexy acteur Christophe Meloni) ; thème de la rédemption, du rachat qui m'a rendue chère l'oeuvre de Mauriac. Comme quoi, on peut voir des points communs dans des oeuvres que, a priori, tout sépare ! Dans tous les cas, on a là deux univers empreints d'une foi inquiète qui ne renonce pas à la quête du Salut, tout en s'égarant dans les méandres et les paradoxes de l'amour ... 

"Each man kills the thing he loves". 
(Aphorismes, Oscar Wilde)

mardi 3 mars 2009

Jean Genet


Dans la foulée du message précédent, l'occasion est là de parler de Jean Genet dont les mots m'accompagnent depuis l'adolescence. Impossible de l'oublier, de ne pas penser fréquemment à lui, de ne pas ouvrir un de ses livres et de tomber, forcément, sur quelque phrase "lumineuse" ... 
Si Genet n'était pas aussi complexe et extrême, dans sa vie comme dans son art, je dirais qu'il est presque inévitable de l'aimer, sinon de l'admirer,  tant les raisons pour cela sont nombreuses : le raffinement de sa langue, sa "crudité poétique", ses engagements, son goût du désordre, son humanité, son irrévérence à l'égard des pouvoirs générateurs d'oppression, sa défiance du conformisme ...
Autant dire que Genet manque à notre société actuelle ... et ses paroles à nos consciences ... 
D'ici la fin du mois, je lui rendrai, à ma façon, modestement, un hommage en allant sur sa tombe à Larache, au Maroc. Je n'ai pas de goût particulier pour les sépultures en tant que lieu de pèlerinage, mais ce cimetière, dans ce pays qu'il aimait, lui ressemble : on raconte qu'il se situe entre un bordel et une prison : autant dire le décor "parfait" de la plupart de ses oeuvres ! 

"Ce qui m'a donné un peu de fraîcheur, si j'en ai eu, c'est l'insécurité". 
Jean Genet, L'Ennemi déclaré

Au delà des mots : suite

La rubrique ainsi nommée s'étoffe ... Pour ceux qui ne l'auraient pas encore compris, il s'agit en fait de lister les ouvrages qui, selon moi, pourraient constituer LA bibliothèque : de celle qu'on emporte avec soi sur une île déserte, genre ! :) Et ce "bilan" a quelque chose de réconfortant, de rassurant : ces livres, lus et aimés, constituent en quelque sorte un patrimoine qui n'a pas de prix, que personne ne peut me prendre, sur lequel je peux compter comme sur de vieux amis ... 
De plus, je suis certaine qu'en s'amusant à tisser des liens entre ces différentes oeuvres, à chercher les points communs qu'elles partagent, etc. on trouve forcément plein d'éléments qui parlent de nous, en quelque sorte, mieux que nous ne le ferions nous- mêmes ! Dis- moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ? 
Sinon, il va de soi que tous ces livres m'ont plu à des niveaux différents, tant dans le domaine de l'émotion que dans celui strictement intellectuel/ littéraire ... D'ailleurs, à ce jour, la liste est incomplète et il manque même certains de mes auteurs fétiches que sont Genet, Pasolini ou encore Mauriac ! Mais "élire" une de leurs oeuvres aux dépens d'une autre relève de choix cornéliens  :)  A suivre ...

dimanche 1 mars 2009

Tanja


Qui es- tu Tanger ? Ou dois- je t'appeler Tanja, à la mode marocaine, du nom de Tingis, la femme d'Antée, le fils de Neptune, ton fondateur selon la légende ? Quel âge as- tu ? Quelques 2000 ans si on se réfère à tes origines berbères puis phéniciennes...
Je te semble curieux, probablement ignorant, mais quand il s'agit de parler de toi, on s'égare souvent : les fantasmes prennent vite le pas sur la réalité, le mythe sur l'histoire...
D'ailleurs, tant qu'à raconter ta vie, tu préfères sans doute qu'on s'attarde à ton "âge d'or" : à ce début du XXème siècle où le Maroc ne t'a pas encore fait totalement sien ; où, parée du titre de "zone internationale", tu t'épanouis, libre, permissive, jouisseuse, raffinée, fastueuse au contact d'un cosmopolitisme tant financier qu'intellectuel.
Souviens- toi des soirées mirifiques de la milliardaire américaine Barbara Hutton ; de Walter Harris, correspondant du Times, dont l'excentrique et somptueuse Villa Joséphine abrite aujourd'hui un luxueux hôtel de charme ; du fortuné Lord Button qui confia à des architectes français la construction du palace El Minzah. Son décor feutré, digne d'un roman d'Agatha Christie, accueille toujours les voyageurs en quête de ton âme... Et nul doute que les plus chanceux d'entre eux, aujourd'hui encore, y croisent les fantômes de Jean Genet, Tennessee Williams, Jane et Paul Bowles... La liste est longue de tes courtisans qui étaient sous ton charme sinon sous ton emprise : "Le nombre est alarmant, ici, des voyageurs qui ont débarqué pour un bref congé ; puis s'y sont établis ; puis, ont laissé passer les années. Car Tanger est une rade, et qui vous enserre ; un lieu à l'abri du temps (...)" constate Truman Capote à ton sujet, envoûté lui aussi.
Sous "cette lumière du bout de l'Afrique" qui t'a valu l'amour d'un Delacroix et d'un Matisse, tes façades où les lignes les plus élégantes de l'art nouveau et du style colonial jouent avec les subtilités de l'héritage mauresque et andalou, retrouvent leur blancheur immaculée. Ton port s'embellit en se donnant des airs de Riviera, en célébrant tes nouvelles épousailles avec ce rival magnifique, Gibraltar, qui t'a bien volé quelques fois la vedette ! Un mythe encore, et un Dieu...
Ta décadence t'a faite immortelle et insatiable : toujours, tu tends la main aux hommes épris de rêve et d'ailleurs ...

La Libye, paysage littéraire ?


"On sait peu de chose dans la Seigneurie sur le Farghestan, qui fait face aux territoires d'Orsenna par delà la mer des Syrtes. Les invasions qui l'ont balayé de façon presque continue depuis les temps antiques- en dernier lieu l'invasion mongole- font de sa population un sable mouvant, où chaque vague à peine formée s'est vue recouverte et effacée par une autre, de sa civilisation une mosaïque barbare, où le raffinement extrême de l'Orient côtoie la sauvagerie des nomades."

Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes.